Taille et Ressac Au commencement il y eut la lumière oblique, deux regards qui se trouvent sur un rivage calme. J'aurais voulu pour elle devenir la relique, le solitaire au doigt, l'ancre au creux de sa paume. J'étais heureux d'attendre que la marée décide, de me laisser polir par le sel et les heures. Qu'elle prenne son temps, que l'écume me guide, qu'elle fasse de mes angles un serment sans demeure. Mais elle taillait la tuffe, habituée au sable, aux grains qui cèdent sous la vague et le courant. Elle croyait qu'un diamant pouvait être aimable, que l'amour s'use et s'arrondit comme un galet blanc. Chaque éclat de voix fut un ressac de trop, chaque silence un fond marin où l'on s'égare. Elle voulait la bague, elle eut les abysses — on ne force pas la brillance sous l'eau qui s'effare. J'aurais pu être l'anneau de toutes ses traversées, le phare à son doigt quand la nuit prend la barre. Mais on n'offre pas ses facettes aux marées, et le diamant se garde quand les vagues sont barbares. Aujourd'hui mes éclats dorment sous le varech, loin des doigts impatients, loin des tempêtes tièdes. Un jour quelqu'un plongera qui connaît l'eau fraîche, qui sait que la beauté se mérite — et qu'on ne cède. Et ce jour-là peut-être, je remonterai bague, portée par une main qui sait lire les fonds. Mais pour l'heure je brille, seul, sous les vagues — précieux même en miettes, même là où je me romps.