# Le Cercle et la Flottille --- ## I. Le Son Venu de la Mer Le vent porte une plainte que je n'ai jamais entendue. Un son long, ondulant, qui monte des côtes jusqu'aux hauteurs de La Confluence. Le cornex — l'instrument fait d'estomac de Nanton, m'ont appris les Ailes Grises. Le messager arrive avant le crépuscule. Un jeune Faucon Chasseur, le souffle court, les jambes marquées par trois jours de course. Je lui tends l'eau avant qu'il ne parle. Il boit. Je sais déjà ce qu'il va dire. "Une flottille, Arbitre. Six voiles à l'horizon. Elles se dirigent vers l'embouchure." Six voiles. Les Nanzagouets reviennent chercher les leurs. Je pose la main sur son épaule. "Tu as bien fait. Repose-toi. Demain, tu porteras mes ordres." Quand il s'éloigne, je reste seul avec le son lointain du cornex qui s'éteint dans le vent du soir. Le monde que nous connaissions vient de changer. L'Autre arrive — non plus en éclaireurs qu'on capture, mais en force. Qu'on convoque le Cercle des Sages. --- ## II. Le Cercle Se Rassemble La salle du Cercle n'a jamais semblé aussi petite. Ils arrivent un par un, convoqués par les messagers que j'ai envoyés aux quatre coins de notre territoire. Le représentant des Voix de l'Aurore, drapé dans les plumes grises de sa fonction. Le vétéran des Faucons Chasseurs, la lance jamais loin de sa main. Le Maître de l'Atelier des Enfants des Échos, les mains encore marquées par l'argile. Le doyen des Enfants du Courant, le regard calme de ceux qui connaissent les rivières. Et les Passes-bien de notre caste naissante des Gardiens, ceux qui tissent les liens entre tous. Je les regarde prendre place. Chacun porte le poids de sa caste, de ses gens, de ses préoccupations. Et tous me regardent, attendant que je parle. "Vous savez pourquoi vous êtes là," dis-je. "Une flottille approche. Avant de décider comment la recevoir, nous devons savoir ce que nous savons. Et ce que nous voulons." Je me tourne vers l'Aile Grise. "Parle d'abord. Dis-nous ce que tes frères ont appris dans les profondeurs de Gouffre Humide." --- ## III. Ce Que Murmurent les Captifs L'Aile Grise se lève. Il y a une fierté tranquille dans sa voix — celle de l'érudit qui a percé un mystère. "Nous parlons leur langue maintenant, Arbitre. Chaque mot a été arraché au silence, nuit après nuit, tablette après tablette. Ce que je vais vous dire vient de leurs propres bouches." Il fait une pause, et je vois les autres se pencher légèrement en avant. "Ils s'appellent les Nanzagouets. Ils viennent d'une péninsule lointaine, battue par les vents et les tempêtes, où la terre est rocailleuse et ingrate. Ils survivent grâce à la mer — et grâce aux Nantons, ces petits animaux qu'ils ont domestiqués pour leur viande et leur peau épaisse." "Des bêtes de troupeau," murmure le Maître de l'Atelier. "Intéressant." "Leur société est... différente de la nôtre," continue l'Aile Grise. "Pas de castes. Pas de lignées sacrées. Leurs dirigeants sont tirés au sort parmi des assemblées, puis ils élisent une sorte de roi dont le rôle est d'exécuter les décisions. Deux ordres structurent leur vie — l'un dédié au corps, l'autre à l'esprit. Mais on peut passer de l'un à l'autre. Rien n'est figé." Je vois le représentant des Voix de l'Aurore froncer les sourcils. Un monde sans castes lui semble probablement chaotique. Peut-être l'est-il. "Et leur foi?" demande-t-il. "Ils croient qu'à leur mort, ils seront réincarnés dans un autre monde, où un peuple aura besoin d'eux pour prospérer. Toute leur vie est une préparation à cette mission sacrée. Ils observent, ils évaluent, ils accumulent le savoir — pas les richesses. Ils ne marchandent pas comme nos Passes-bien. Ils... jugent." Un silence. "Ce n'est pas tout," dit l'Aile Grise. "Nous avons découvert quelque chose de plus grand encore." Il prend une inspiration. "Les Nanzagouets ne sont pas seuls sur cette mer. Ils commercent avec deux autres peuples. Les Tlazhuaneca — un peuple étrange aux yeux d'or et à la peau d'ébène, qui parlent avec trois voix et vivent sur des villages flottants. Et les Pouleheimos — des marchands robustes et cosmopolites, avec une religion que même les Nanzagouets trouvent étrange." "Trois peuples," dis-je lentement. "Un réseau établi." "Oui, Arbitre. Ils commercent entre eux depuis longtemps. Des échanges pacifiques, profitables. Une trinité... stable, mais peut-être fragile. Il y a toujours un qui profite plus que les autres." Le doyen des Enfants du Courant parle pour la première fois. "Et nous, nous sommes arrivés en dernier. En étrangers. En kidnappeurs." "Oui," admet l'Aile Grise. "Nos captifs vivent mal leur captivité. La vie souterraine leur est étrangère, inconvenante. Ils souffrent. Mais ils ne sont pas des guerriers venus nous envahir. Ce sont des explorateurs, peut-être des marchands. La flottille qui arrive..." Il me regarde. "Je ne crois pas qu'ils viennent pour la guerre, Arbitre. Je crois qu'ils viennent chercher leurs gens." --- ## IV. La Voix du Feu Le Faucon Chasseur n'attend pas que je lui donne la parole. Il se lève, et sa présence emplit la salle. "Qu'ils viennent pour la paix ou pour la guerre, ils viennent sur NOS côtes. Dans NOS eaux. Après avoir navigué jusqu'à NOS rivages sans permission." Son regard balaie le Cercle. "Nous les avons capturés parce qu'ils étaient une menace inconnue. Nous avions raison. Maintenant, une flottille entière approche. Six voiles. Combien d'hommes par navire? Vingt? Trente? Peut-être plus de cent guerriers à nos portes." "Des marins," corrige l'Aile Grise. "Pas des guerriers." "Des hommes qui peuvent tenir une arme sont des guerriers," réplique le Faucon. "Et nous, nous avons une caste qui ne fait que ça. S'entraîner. Chasser. Se battre." Il se tourne vers moi. "Le village fortifié est prêt, Arbitre. La garnison est en place. Nos Faucons sont mobilisés — et ils brûlent de prouver leur valeur. Cette compétition qui les anime, cette faim... elle peut nous servir." "Que proposes-tu?" demande le représentant de l'Éther. "Frapper au débarquement." Le Faucon n'hésite pas. "Quand ils quittent leurs navires, ils sont vulnérables. Désorganisés. Mouillés. On les prend par surprise, on les écrase avant qu'ils ne posent le pied sur notre terre. Message envoyé. Plus personne ne viendra nous chercher." L'Aile Grise secoue la tête. "Et si c'est une ambassade? Si ils viennent négocier? On massacre des diplomates, et on ferme toutes les portes — avec les Nanzagouets ET avec leurs alliés commerciaux." "Alors ils apprendront à envoyer un messager d'abord," gronde le Faucon. La tension monte. Je les laisse parler. --- ## V. Les Autres Voix Le Maître de l'Atelier lève la main — un geste simple, mais qui attire l'attention. "Avant de décider si on les tue ou si on leur parle... est-ce que quelqu'un a regardé leurs navires?" Silence. "L'épave qu'on a repêchée," continue-t-il. "Cette construction de bois. Nos artisans l'ont étudiée. La technique est... différente. Pas de respect pour le matériau, selon certains. Mais une efficacité indéniable. Ce bois lisse, ces assemblages... nous ne savons pas faire ça." Le doyen des Enfants du Courant hoche la tête. "Mes gens ont regardé aussi. Si nous avions des embarcations comme les leurs... la côte serait vraiment nôtre. Les rivières ne seraient que le début." "Vous voulez leur voler leurs secrets?" demande le Faucon avec un demi-sourire. "Je veux les observer," répond le Maître. "Qu'ils débarquent. Qu'ils restent un moment. Que nous puissions étudier leurs navires, leurs techniques. Terre et Eau ensemble — nous pourrions apprendre beaucoup." "Et les captifs?" Le représentant de l'Éther prend la parole. "Ils souffrent sous terre. Chaque jour qui passe les affaiblit. Nous avons ce qu'ils veulent — leurs gens. Ils ont peut-être ce que nous voulons." "Quoi donc?" "Les Nantons." Il laisse le mot flotter. "Ces bêtes qu'ils élèvent. Viande, peau épaisse, troupeaux. Si nous en obtenions quelques-uns... des reproducteurs... nous pourrions les élever nous-mêmes. Les adapter à notre terre. Génération après génération, les sélectionner, les améliorer." Je vois le Maître de l'Atelier hocher lentement la tête. L'idée fait son chemin. "Un échange," continue l'Éther. "Leurs gens contre leurs bêtes. Nous récupérons une ressource stratégique. Ils récupèrent leurs captifs. Tout le monde repart avec quelque chose." Le Faucon croise les bras. "Et s'ils refusent? S'ils veulent leurs gens sans rien donner?" "Alors nous serons en position de force," répond l'Éther. "Parce que nous aurons essayé la paix d'abord." --- ## VI. L'Arbitre Tranche Le silence retombe. Tous les regards se tournent vers moi. Je me lève. Lentement. "J'ai entendu chacun de vous. Le feu qui veut frapper. L'air qui veut comprendre. L'eau et la terre qui veulent apprendre. L'éther qui veut tisser." Je regarde le Faucon Chasseur. "Tu as raison. Ils viennent sur nos côtes sans permission. Et nous devons leur montrer que cette terre a des maîtres. Ta force, celle de tes Faucons — elle est réelle. Elle nous protège. Elle rend tout le reste possible." Il se redresse légèrement. "Mais la vraie force," dis-je, "ce n'est pas de frapper le premier. C'est de choisir QUAND frapper. De laisser l'ennemi révéler ses intentions avant d'agir. De garder la main." Je me tourne vers l'ensemble du Cercle. "**Nous ne frapperons pas au débarquement.** Nous les laisserons approcher. Nous les laisserons montrer qui ils sont. S'ils viennent la main ouverte — nous la serrons. S'ils viennent le poing fermé — nous le brisons." Le Faucon ouvre la bouche, mais je lève la main. "Votre moment viendra peut-être, fils du Feu. Mais pas avant qu'ils ne l'aient mérité. Donnez-leur la chance de choisir la guerre. Et s'ils la choisissent... vous aurez tout le sang que vous voulez." Un silence. Puis, à contrecœur, il hoche la tête. "**Voici mes ordres.**" --- ## VII. Les Ordres "**Aux Faucons Chasseurs:** Garnissez le village fortifié. Soyez visibles sur les remparts — lances au clair, formations serrées. Pas de provocation, mais pas de faiblesse. Qu'ils voient notre force avant de voir nos visages. Si la délégation est attaquée, si une seule main se lève contre les nôtres — alors vous répondez. Avec tout ce que vous avez." Le vétéran frappe sa poitrine en signe d'acceptation. "**Aux Enfants du Courant:** Vous connaissez ces eaux mieux que quiconque. Mobilisez-vous aux côtés des Faucons. Surveillance maritime, reconnaissance des courants et des marées. Si combat il y a, votre connaissance du terrain sera notre avantage. Vous n'êtes pas des guerriers — mais vous êtes nos yeux sur la mer." Le doyen incline la tête. "**Aux Enfants des Échos:** Préparez les captifs. Qu'ils soient en bonne santé, présentables. Qu'ils témoignent par leur état que nous ne sommes pas des barbares. Nous les rendrons... contre quelque chose en échange." "Les Nantons?" demande le Maître. "**Les Nantons.** Des reproducteurs. Assez pour démarrer nos propres troupeaux. C'est notre prix." Je me tourne vers lui et le doyen ensemble. "**À vous deux — Terre et Eau ensemble:** Quand la flottille sera là, observez leurs navires. Chaque planche, chaque cordage, chaque technique. Documentez tout pour la Maison des Découvertes. Ce savoir servira nos descendants, quand nous construirons nos propres embarcations." "**Aux Ailes Grises:** Vous serez notre voix. Vous parlez leur langue — utilisez-la. Menez la délégation. Expliquez nos termes. Écoutez leurs réponses. Cherchez à comprendre ce qu'ils veulent vraiment." L'Aile Grise acquiesce. "**À l'Éther:** Préparez un festin. Les Larmes du Ciel — le plat qui porte les saveurs de toute notre vallée. Et un artefact, quelque chose de beau, d'unique. De l'argile vivante travaillée par nos meilleurs artisans. Un cadeau pour adoucir les tensions. Montrons-leur ce que nous créons, ce que nous sommes." Je regarde chacun d'entre eux. "Nous recevrons cette flottille debout. Ni à genoux, ni l'arme au poing. Nous leur montrerons notre force ET notre hospitalité. Et nous verrons ce qu'ils choisissent." --- ## VIII. Après le Cercle Ils partent un par un, chargés de leurs missions. La salle se vide. Le silence revient. Je reste seul avec le poids de mes décisions. Les Nantons. C'est ce qui compte vraiment. Pas la flottille, pas les Nanzagouets, pas même la trinité commerciale qu'ils ont révélée. Les Nantons — ces petites bêtes de troupeau qui nous donneront la viande sans chasse, le cuir sans quête, le fumier pour des champs que nous n'avons pas encore plantés. Génération après génération, nous les sélectionnerons. Les plus gros. Les plus forts. Un jour, ils tireront nos charrues. Un jour, ils porteront nos fardeaux. Les Nanzagouets ont des navires. Nous aurons des troupeaux. Des champs. Des greniers pleins. Et alors seulement — quand nous aurons le surplus, quand nous aurons les ressources — nous construirons nos propres navires avec le savoir que Terre et Eau auront volé à leurs yeux. Patience. Fondations. Inévitabilité. Je souffle la flamme de la dernière lampe et sors dans la nuit. Quelque part au loin, porté par le vent, le son du cornex s'est tu. Qu'ils viennent. --- ## Résumé Factuel **Choix 2 — Réception de la Flottille:** **Posture:** Défensive visible, non-agressive - Faucons Chasseurs au village fortifié (démonstration de force) - Enfants du Courant en soutien (surveillance maritime) - Aucune première frappe — laisser montrer leurs intentions **Diplomatie:** - Délégation menée par Ailes Grises (parlent leur langue) - Festin préparé (Larmes du Ciel) - Artefact offert en cadeau (argile vivante) - Captifs présentés en bonne santé **Négociation:** - **Deal proposé: Captifs contre Nantons reproducteurs** - Objectif: Démarrer nos propres élevages - Vision long terme: Sélection génétique → bétail de labour **Contingence:** - Si agression → riposte immédiate - Défense en profondeur + harcèlement mobile - Avantage logistique et terrain total **Observation:** - Enfants des Échos + Enfants du Courant étudient les navires - Documentation pour Maison des Découvertes - Préparation capacité navale future