Methalnia/Chapitre_09_Nouveaux_Horizons.md

510 lines
15 KiB
Markdown

# Chapitre 9 : Nouveaux Horizons
## I.
Trois semaines après la Passe des Vents, le convoi fusionné avait changé.
Ce n'était plus "Methalnia et leurs alliés carmillois". C'était quelque chose de nouveau. De différent.
Les chariots-forteresses methaliens portaient maintenant des glyphes de protection carmillois. Les sanctuaires mobiles carmillois intégraient des mécanismes d'éthanol methaliens. Les tentes étaient mixtes — familles métaliennes et carmilloises partageant l'espace, les repas, les veilles.
Syris marchait entre les chariots, observant les changements.
Là : un forgeron methalien enseignait à un apprenti carmillois comment tempérer l'acier avec de l'éthanol vaporisé.
Ici : une sorcière carmilloise montrait à trois archers methaliens comment enchanter leurs flèches avec des glyphes de précision mineurs.
Plus loin : des enfants — methaliens et carmillois — jouaient ensemble, insouciants des divisions qui avaient failli les tuer.
« C'est étrange, non ? »
Syris se retourna. Lira, arc sur l'épaule, souriait.
« Quoi ? »
« Il y a un mois, on se détestait. Maintenant, regarde. »
Syris suivit son regard. Un couple — femme methalienne, homme carmillois — marchait main dans la main, riant doucement.
« L'amour ou la mort », murmura Syris. « Apparemment, la mort rapproche plus vite. »
« Cynique. »
« Réaliste. »
Lira lui donna un coup de coude.
« Tu devrais essayer l'optimisme. Ça te ferait du bien. »
« J'essaie. Mais chaque fois que je commence… quelque chose explose. »
Comme pour lui donner raison, une cloche sonna. Trois coups. Signal d'alerte.
« Tu disais ? » soupira Lira.
---
## II.
Voss et Corvus se tenaient sur la plate-forme d'observation centrale — nouvelle construction, mélange de bois methalien et de glyphes carmillois de renforcement.
Devant eux : l'horizon.
Et ce qu'ils voyaient n'était pas rassurant.
« C'est quoi, ça ? » demanda Corvus.
Aldren, longue-vue magique en main — cristal poli qui agrandissait à distance — répondit :
« Une tempête. Mais pas naturelle. »
La masse nuageuse s'étendait sur des kilomètres. Noire. Pourpre. Verte par endroits. Des éclairs la traversaient — pas de haut en bas, mais horizontalement, comme des serpents lumineux.
« Tempête du Chaos », dit Mara, arrivant derrière eux. « Niveau majeur. Peut-être plus. »
« On peut la contourner ? »
Mara déploya une carte — nouvelle, dessinée ces dernières semaines, mêlant observations métaliennes et divinations carmilloises.
« Au nord : Montagnes du Croc Brisé. Infranchissables. »
« Au sud : Marais de Cendre. Toxiques. On perdrait la moitié du convoi en trois jours. »
« À l'ouest : territoire carmillois hostile. »
« Donc… » Voss serra les dents. « …on traverse la tempête. »
« C'est suicidaire », dit Corvus.
« Tout ce qu'on fait est suicidaire. Pourquoi s'arrêter maintenant ? »
Orvek, toujours en convalescence mais debout, s'approcha en boitant.
« J'ai peut-être une solution. »
Tous se tournèrent vers lui.
« Les cristaux elfiques qu'on a récupérés. On en a encore sept intacts. Si on les configure en réseau de protection… »
« On a déjà essayé. Kelven les a fait exploser. »
« Parce qu'il a utilisé un glyphe de surcharge. » Orvek sourit — un sourire inquiétant. « Mais si on fait l'inverse ? Glyphe de stabilisation. Réseau harmonique. Les cristaux se renforcent mutuellement au lieu de s'annuler. »
Aldren fronça les sourcils.
« Théoriquement, ça pourrait marcher. Mais le moindre déséquilibre… »
« Exploseraient tous. Oui. Je sais. » Orvek haussa les épaules. « Mais c'est ça ou la tempête sans protection. Je préfère exploser en essayant. »
Voss regarda Corvus.
« Votre avis ? »
« On le fait. On n'a pas le choix. »
---
## III.
Le réseau de cristaux fut installé en six heures.
Sept cristaux, disposés en cercle autour du convoi mobile. Chacun sur un chariot dédié, relié aux autres par des fils d'argent pur — conducteur de magie optimal selon Aldren.
Au centre : un huitième cristal, plus petit, synchronisateur.
Orvek et Aldren travaillèrent ensemble, traçant des glyphes, ajustant les fréquences.
« Vibration harmonique stable », murmura Aldren, main levée, sentant les flux magiques. « Amplitude… équilibrée. Résistance… acceptable. »
« Traduction ? » demanda Orvek.
« Ça devrait marcher. »
« "Devrait" me fait toujours flipper. »
« Moi aussi. »
Ils activèrent le réseau.
Les sept cristaux s'illuminèrent. Bleu pâle. Pulsant à l'unisson.
Une bulle translucide se matérialisa, englobant le convoi. Pas solide. Juste… une distorsion de l'air, comme une chaleur montante.
« C'est actif », dit Aldren. « Bouclier anti-Chaos niveau quatre. Ça devrait repousser les corruptions mineures. »
« Et les corruptions *majeures* ? »
« …on prie. »
---
## IV.
Le convoi entra dans la tempête à midi.
Immédiatement, le monde changea.
Le ciel disparut. Remplacé par une masse tourbillonnante de nuages noirs et pourpres. Le vent hurla — pas un vent normal, mais un cri, comme des milliers de voix superposées.
La pluie tomba. Pas de l'eau. Quelque chose de plus épais. De visqueux. Qui grésillait au contact du bouclier de cristal.
« RESTEZ GROUPÉS ! » hurla Voss. « NE SORTEZ PAS DU PÉRIMÈTRE DE PROTECTION ! »
Les chariots avançaient lentement. Trois kilomètres par heure. Moins.
Le sol était instable. Par endroits, il ondulait comme de la chair. Des fissures s'ouvraient, crachant des vapeurs verdâtres.
Syris, à bord d'un chariot de reconnaissance, scrutait l'environnement. Visibilité : dix mètres. Peut-être quinze.
Quelque chose bougea dans la brume.
Une silhouette. Humanoïde. Avançant vers le convoi.
« CONTACT ! » cria Syris.
La silhouette émergea. C'était… un homme. Ou ce qui avait été un homme.
Nu. Peau couverte de pustules pourpres. Yeux révulsés. Bouche ouverte dans un cri silencieux.
Il leva une main vers le bouclier. Toucha.
Et explosa.
Pas violemment. Juste… se désintégra, comme de la cendre emportée par le vent.
« Corruption avancée », dit Mara, à côté de Syris. « Stade terminal. Il était probablement perdu depuis des jours. Le bouclier l'a juste… achevé. »
D'autres silhouettes apparurent. Des dizaines. Certaines rampant. D'autres titubant. Toutes convergeant vers le convoi.
« Ils sont attirés », réalisa Aldren. « Le bouclier de cristal émet de la pureté. Ça les attire comme des papillons vers une flamme. »
« Alors on les brûle », dit Corvus, levant son épée.
Mais Mara l'arrêta.
« Non. Ne gaspillez pas d'énergie. Le bouclier s'en occupe. »
Elle avait raison. Chaque créature qui touchait le bouclier se désintégrait. Dix. Vingt. Cinquante.
Mais elles continuaient de venir.
---
## V.
Quatre heures dans la tempête.
Le bouclier tenait. Mais les cristaux commençaient à surchauffer.
« On a un problème », dit Orvek, surveillant les lectures magiques. « Trop de contacts avec le Chaos. Les cristaux absorbent, purifient, mais… y'a une limite. »
« Combien de temps avant surcharge ? » demanda Voss.
« Deux heures. Peut-être trois. »
« Combien de temps pour traverser la tempête ? »
Aldren consulta sa carte magique. Elle se redessinait en temps réel, mais lentement, perturbée par le Chaos ambiant.
« Impossible à dire. Cinq heures ? Dix ? La tempête bouge. Change de forme. »
« Alors on accélère. »
« Les chariots ne peuvent pas aller plus vite sur ce terrain. »
Voss serra les dents.
« Alors on allège. Tout ce qui n'est pas essentiel : on le largue. »
---
## VI.
Des caisses furent jetées par-dessus bord. Outils de secours. Vivres excédentaires. Meubles. Souvenirs.
Des familles pleuraient en abandonnant des objets précieux — portraits, jouets d'enfants morts, reliques familiales.
Mais c'était ça ou la mort.
Le convoi accéléra. Cinq kilomètres par heure. Six.
Les créatures corrompues se multipliaient. Maintenant, elles formaient une horde. Centaines. Peut-être milliers. Toutes convergeant, touchant le bouclier, se désintégrant.
« Les cristaux vont lâcher ! » hurla Orvek.
« COMBIEN DE TEMPS ?! »
« QUINZE MINUTES ! »
Corvus regarda Voss.
« On ne va pas y arriver. »
« SI. »
« Comment ?! »
Voss ne répondit pas. Elle regardait droit devant. Et là, dans la brume…
Une lumière.
Faible. Blanche. Pure.
« Là. » Elle pointa. « On fonce vers ça. »
« C'est peut-être un piège ! »
« Ou une sortie. On parie. »
Le convoi vira. Plein cap sur la lumière.
---
## VII.
La lumière grossit. Devint un pilier. Haut de cent mètres. Blanc éclatant.
Et à sa base : une structure.
Pas une ruine. Pas un campement.
Une **Citadelle**.
Murs de pierre blanche. Tours cristallines. Bannières flottant dans le vent — pas pourpres, pas carmilloises, pas elfiques.
**Dorées.**
« Qu'est-ce que c'est que ça ?! » souffla Syris.
Aldren pâlit.
« C'est… impossible. »
« QUOI ?! »
« Le Sanctuaire d'Or. La légende. Le dernier bastion de l'Ordre Ancien. » Il regarda Voss. « On disait qu'il avait disparu lors du Grand Déchirement. »
« Apparemment pas. »
Les portes de la Citadelle s'ouvrirent.
Et de l'intérieur, des silhouettes émergèrent.
Des humains. En armure blanche et dorée. Portant des épées lumineuses. Des boucliers gravés de soleils.
À leur tête : une femme. Grande. Cheveux blancs. Yeux dorés — littéralement dorés, brillants.
Elle leva une main.
Et parla — voix amplifiée, mais pas par magie. Quelque chose de plus pur.
**« Voyageurs. Vous êtes bienvenus dans le Sanctuaire d'Or. Dernier refuge de l'humanité non corrompue. »**
**« Entrez. Reposez-vous. Guérissez. »**
**« Car demain… la vraie guerre commence. »**
---
## VIII.
Le convoi entra dans la Citadelle.
Les portes se refermèrent derrière eux. La tempête du Chaos frappait les murs, mais ne les pénétrait pas.
À l'intérieur : un espace immense. Des jardins. De l'eau pure. Des arbres — *verts*, vraiment verts, comme Syris n'en avait jamais vu.
Les gens pleuraient. De soulagement. De joie. D'incrédulité.
La femme aux yeux dorés s'approcha de Voss et Corvus.
« Je suis **Grande Gardienne Lyria**. Commandante de ce Sanctuaire. »
Voss salua, poing sur le cœur.
« Commandante Kael Voss. Methalnia. Et voici Capitaine Corvus. Carmillon. »
Lyria cligna des yeux.
« Methalnia et Carmillon. Ensemble. » Elle sourit. « Les temps changent vraiment. »
« Qui êtes-vous ? » demanda Corvus. « L'Ordre Ancien est censé être mort. »
« Pas mort. Caché. Attendant. » Lyria regarda vers le ciel — même à travers les murs, elle semblait voir au-delà. « Un Seigneur du Chaos a été tué. Par vous, je présume ? »
« Oui », dit Voss.
« Impressionnant. Mais… » Lyria redevint grave. « …vous avez déclenché quelque chose. Une réaction en chaîne. »
« Quoi ? »
« Les autres Seigneurs du Chaos. Ils savent maintenant que l'humanité peut les tuer. Et ils ont peur. »
« C'est bon, non ? »
« Non. Parce qu'un ennemi effrayé devient désespéré. » Lyria croisa les bras. « Ils vont se rassembler. Tous. Former une armée unifiée. Et lancer une dernière offensive. »
« Contre qui ? »
« Contre tout ce qui résiste. Carmillon. Methalnia. Aethyris. Nous. »
Un silence glacial.
« Quand ? » demanda Mara.
« Trois mois. Peut-être quatre. » Lyria regarda le convoi épuisé. « C'est pourquoi je vous offre le choix. »
« Quel choix ? »
« Rester ici. Dans le Sanctuaire. Protégés. En sécurité. Jusqu'à ce que la tempête passe. »
« Et si elle ne passe jamais ? »
Lyria sourit tristement.
« Alors vous mourrez en paix. Plutôt qu'en guerre. »
Voss regarda Corvus. Puis Mara. Puis Orvek. Puis tous les survivants.
« On va réfléchir. »
---
## IX.
Cette nuit-là, le Conseil se réunit.
Dans une salle prêtée par le Sanctuaire. Blanche. Lumineuse. Si différente des tentes poussiéreuses habituelles.
« Alors ? » demanda Voss. « On reste ou on part ? »
Silence.
Puis Orvek parla.
« Si on reste… on abandonne tous ceux dehors. Carmillon. Aethyris. Même les enfoirés qui nous ont trahis. Ils meurent. »
« Et si on part ? » demanda quelqu'un. « On meurt aussi. »
« Peut-être. Ou peut-être qu'on gagne. »
« Comment ?! On est cent cinquante ! Contre une *armée de Seigneurs du Chaos* ! »
Corvus se leva.
« Seuls, c'est impossible. Mais… » Il regarda Voss. « …si on rallye d'autres. Si on convainc Carmillon — la vraie Carmillon, pas juste les traîtres. Si on négocie avec Aethyris. Si on unit *tout le monde*… »
« Ils nous détestent. »
« Ils détestent le Chaos plus. » Corvus sourit. « Et maintenant, ils ont peur. La peur est un excellent motivateur. »
Mara hocha lentement la tête.
« Une coalition. Humains, elfes, sorciers, techniciens. Tous contre le Chaos. »
« Ça ne marchera jamais », dit quelqu'un.
« Probablement pas », admit Voss. « Mais… » Elle regarda chaque visage. « …est-ce qu'on est le genre de gens à rester planqués pendant que le monde brûle ? »
Syris, assis au fond, se leva.
« Non. »
Lira se leva.
« Non. »
Un par un, tous se levèrent.
« Non. »
Voss sourit.
« Alors on part. Dans une semaine. On se repose. On se répare. On se prépare. »
« Et ensuite ? »
« Ensuite, on va sauver le monde. »
« Ou mourir en essayant. »
« Évidemment. »
---
## X.
Le lendemain, Syris explora le Sanctuaire.
C'était… magnifique. Bibliothèques remplies de livres anciens. Forges alimentées par magie pure. Jardins où poussaient des fruits réels, pas mutés.
Il trouva Lyria dans une salle d'entraînement, supervisant des soldats.
« Vous partez vraiment ? » demanda-t-elle.
« Oui. »
« Vous allez mourir. »
« Peut-être. Mais au moins, on aura essayé. »
Lyria le regarda longuement. Puis sourit.
« Vous me rappelez mon fils. Têtu. Idéaliste. Mort il y a vingt ans en combattant un Héraut. »
« Je suis désolé. »
« Ne le sois pas. Il est mort libre. » Elle posa une main sur l'épaule de Syris. « Si vous survivez… revenez. Racontez-moi comment ça s'est passé. »
« Et si on ne survit pas ? »
« Alors je raconterai votre histoire. Pour que personne n'oublie. »
Syris hocha la tête.
« Merci. »
---
## XI.
Une semaine plus tard, le convoi quitta le Sanctuaire.
Réparé. Renforcé. Réapprovisionné.
Lyria leur avait donné des vivres. Des armes. Et quelque chose de plus précieux : des cartes. Montrant les positions des dernières poches de résistance humaine, elfique, même carmilloise.
« Ralliez-les », avait-elle dit. « Unissez-les. Ou mourez ensemble. »
Le convoi passa les portes. La tempête du Chaos s'était dissipée — temporairement.
Devant eux : l'inconnu.
Derrière eux : le dernier refuge.
Voss leva une main.
« En avant. Vers la guerre. »
Le convoi s'ébranla.
Et Syris, regardant l'horizon, murmura :
« On va vraiment essayer de sauver le monde. »
Lira, à côté de lui, sourit.
« Ouais. On est cinglés. »
« Complètement. »
« Mais c'est pour ça que c'est intéressant. »
---
**FIN DU CHAPITRE 9**
---
*Prochain chapitre : La Coalition (ralliement des factions, préparation de la guerre, tensions et espoir)*