civjdr/reponses/2026-01-29-mars-attack-v2.md

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# Le Sel et les Lances
*Réponse au MJ - Choix 2: Arrivée de la flottille Nanzagouet*
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## L'Annonce
Le coureur arrive avant l'aube. Je le vois grimper le sentier depuis la fenêtre de la Maison des Découvertes, sa silhouette sombre contre le ciel qui pâlit. Il ne court pas — trop essoufflé pour cela — mais ses jambes ne s'arrêtent pas. Quand il atteint le seuil, je suis déjà debout.
"Arbitre." Sa voix est rauque. "La mer... elle pleure."
Je connais ce son. Les cornex. Ces estomacs de bête que les Nanzagouets tendent et soufflent pour faire gémir le vent. Œil-de-Braise, le vieux Faucon qui garde l'embouchure depuis plus longtemps que certains villages existent, les a entendus avant le lever du soleil. Six voiles, peut-être sept. Ils viennent.
Le monde change. Pas dans un fracas — dans un souffle plaintif porté par le sel.
Je pose ma main sur l'épaule du coureur. Ses muscles tremblent sous mes doigts, mais ce n'est pas de peur. C'est l'épuisement qui cherche à devenir fierté. "Tu as bien fait. Repose-toi. Que quelqu'un te porte de l'eau et du pain."
Puis je me tourne vers l'intérieur de la Maison. "Qu'on convoque le Cercle des Sages. Immédiatement."
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## La Convocation
La salle du Cercle n'est jamais vide. Même la nuit, une lampe y brûle — l'huile qui ne s'éteint pas, symbole de ce qui persiste au-delà des générations. Mais ce matin, la lumière du jour traverse les ouvertures hautes et frappe les murs d'argile vivante. La matière ondule légèrement sous la chaleur naissante, comme si elle respirait avec nous.
Ils arrivent un par un. Le Passe-bien, représentant de l'Éther, entre le premier — toujours le premier, comme s'il sentait dans l'air quand on a besoin de lui. Il hoche la tête sans un mot et s'assoit en face de moi. Puis viennent les Enfants du Courant, un homme et une femme, portant encore les traces de glaise fraîche sur leurs avant-bras. Un Faucon Chasseur — pas Œil-de-Braise, celui-là est resté sur la côte — un jeune que je reconnais, Mâchoire-Serrée, celui qui a tué le sanglier à trois défenses l'hiver dernier. Enfin, l'Aile Grise. Celui-là porte sous le bras un rouleau de tablettes — des mois de travail condensés en glyphes serrés.
La tension est palpable. Pas dans les gestes — personne ne bouge trop vite, ne parle trop fort. Mais dans le silence. Dans la manière dont Mâchoire-Serrée serre les poings sur ses genoux. Dans la manière dont le Passe-bien penche la tête, comme s'il écoutait déjà des voix que nous n'entendons pas encore.
"Six navires approchent," dis-je simplement. "Peut-être sept. Ils soufflent dans leurs cornex. Ils ne cherchent pas à surprendre. Ils annoncent leur venue."
Le Cercle attend. Ils savent que je ne les ai pas réunis pour répéter ce qu'ils ont déjà compris. Ils attendent que je tisse leurs vérités ensemble.
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## Le Rapport des Ailes Grises — Ce Que Nous Savons
L'Aile Grise se lève sans précipitation. Il déroule ses tablettes sur la pierre centrale et les dispose avec soin, comme on pose des offrandes. Puis son doigt trace un premier glyphe.
"Celui-ci," dit-il, et sa voix a ce ton précis des gens qui ont passé des lunes entières à gratter la certitude hors du doute, "c'est leur nom pour eux-mêmes. Nanzagouets. Ceux-qui-marchent-sur-l'eau. Et celui-là—" il glisse vers un autre signe "—c'est leur mot pour 'étranger'. C'est ainsi qu'ils nous ont appelés quand nous avons commencé à comprendre leurs paroles."
Il redresse la tête et balaie le Cercle du regard. "Nous parlons leur langue maintenant. Pas parfaitement — il y a des subtilités qui nous échappent encore, des tournures qui portent des significations que nous devinons seulement. Mais nous pouvons converser. Nous pouvons écouter. Et surtout—" un mince sourire "—nous pouvons comprendre ce qu'ils croient que nous ne comprenons pas."
Le Passe-bien se penche en avant. "Qu'avons-nous appris?"
L'Aile Grise prend une tablette différente. "Ils viennent d'une péninsule battue par les tempêtes. Des terres rocailleuses où seules poussent des fleurs charnues dans les crevasses. Leurs troupeaux — les Nantons, de petites bêtes à la peau épaisse — se nourrissent de ces fleurs. Mais leur cœur appartient à la mer. C'est d'elle qu'ils tirent leur subsistance, malgré des côtes qui déchirent les coques et des vagues qui avalent les imprudents."
Il marque une pause. Dans le silence, j'entends le souffle du Faucon qui s'accélère. Mâchoire-Serrée voit des guerriers là où l'Aile Grise décrit des pêcheurs. Mais l'Aile Grise ne s'arrête pas.
"Ils ne sont pas comme nous. Pas de castes. Leurs assemblées tirent au sort ceux qui décident, et ces décideurs élisent un roi — mais ce roi n'est qu'une main qui applique, pas une tête qui pense. Ils ont deux ordres: un pour le corps, un pour l'esprit. Mais on peut passer de l'un à l'autre. Rien n'est figé chez eux, sauf leur loi. Celle-là est implacable. Celui qui la brise part en exil. Et ils ne reviennent pas."
L'Aile Grise pose ses mains à plat sur les tablettes. "Ce qui les anime, ce n'est pas l'accumulation. Ce n'est pas la richesse ou le pouvoir. C'est leur mission sacrée. Ils croient qu'à leur mort, ils renaîtront dans un autre monde pour guider un peuple dans le besoin. Toute leur vie n'est qu'une préparation à cette réincarnation. Chaque geste qu'ils posent, chaque savoir qu'ils acquièrent — tout cela, c'est pour ce moment où ils devront servir ailleurs."
Un silence. Puis le Passe-bien murmure: "Et nos captifs?"
"Ils vivent mal la captivité. Non pas que les Enfants des Échos soient cruels — mais la vie souterraine leur est étrangère. Ils se sentent coupés de la mer, du vent, du ciel. Certains ont cessé de parler. D'autres répètent les mêmes prières, encore et encore, comme s'ils cherchaient à se rappeler pourquoi ils vivent." L'Aile Grise relève les yeux vers moi. "Mais ils ont parlé. Et nous avons appris."
Il prend une dernière tablette. "Le monde est plus grand que nous le pensions. Les Nanzagouets ne commercent pas seulement entre eux. Ils ont établi un réseau avec deux autres peuples: les Tlazhuaneca, qui vivent sur des villages flottants et parlent avec trois voix, et les Pouleheimos, des marchands robustes et leur religion étrange. Ces trois peuples échangent depuis des générations. Nous n'étions pas sur leur carte."
Le Faucon gronde dans sa gorge. Mais l'Aile Grise lève une main.
"Conclusion, Arbitre: ils ne sont pas des guerriers. Leurs navires portent des pêcheurs, des marchands, peut-être des membres de leur ordre de l'esprit. Ils viennent chercher leurs gens. Pas pour conquérir — pour ramener ce qui leur appartient."
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## Le Rapport des Faucons Chasseurs — Notre Force
Mâchoire-Serrée se lève avant que je l'invite à parler. Ce n'est pas de l'insolence — c'est du feu qui cherche à sortir. Je le laisse brûler.
"Six navires." Sa voix claque comme une pierre sur une autre. "Peut-être quarante hommes par navire, si leurs coques sont pleines. Deux cent quarante guerriers potentiels. Contre combien des nôtres?"
Il ne me pose pas vraiment la question. Il la pose au Cercle. Il veut qu'on entende ce qui va suivre.
"Le village fortifié tient cent vingt lances. Nos chasseurs en hivernage ont prouvé leur valeur — chacun a ramené du sang. Nos remparts sont hauts, nos positions connues, notre terrain solide sous nos pieds. Eux débarqueront dans l'eau froide, alourdis par leurs armes mouillées, les jambes engourdies par la traversée."
Il se tourne vers moi, et dans ses yeux je vois ce que je connais bien: l'appétit. Pas la rage, jamais la rage chez un bon chasseur. L'appétit.
"Arbitre, ils sont vulnérables quand ils touchent la plage. C'est là qu'on les frappe. Avant qu'ils forment leurs lignes. Avant qu'ils comprennent ce qui leur arrive. On leur apprend que cette terre a des maîtres. On leur apprend qu'on ne vient pas ici réclamer sans demander d'abord."
Le Passe-bien ouvre la bouche, mais Mâchoire-Serrée continue, plus vite maintenant.
"Nos Faucons sont prêts. Cet hiver, nous nous sommes mesurés les uns aux autres. Chacun veut prouver qu'il peut mener. Chacun a quelque chose à montrer. Donne-nous cette bataille, et tu verras qui mérite de porter le titre de Chasseur-en-Chef. Donne-nous cette bataille, et ils repartiront avec moins de voiles qu'ils en sont venus."
Il se rassoit. Le silence qui suit vibre comme une corde tendue.
Je le regarde — vraiment le regarde. Mâchoire-Serrée n'est pas stupide. Il sait que nos chances sont bonnes. Il sait que le terrain nous avantage. Mais ce n'est pas ça qui le pousse. C'est la compétition interne. C'est le besoin de prouver. Et ce besoin peut être une arme ou un poison.
"Tu parles bien," dis-je doucement. "Mais parle-moi encore. Si on frappe et qu'ils fuient — qu'avons-nous gagné? Si on frappe et qu'ils reviennent à vingt navires — qu'avons-nous perdu?"
Le Faucon serre la mâchoire. Il n'aime pas la question. Mais il n'est pas assez fou pour l'ignorer.
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## Le Débat — Tisser les Voix
Le Passe-bien prend la parole, et l'atmosphère change. Ce n'est plus le feu qui crépite — c'est l'air qui circule, enveloppant, liant.
"Arbitre, nous avons appris leur langue. Nous connaissons leur culture. Nous savons qu'ils ne cherchent pas la guerre — ils cherchent leurs gens." Il déploie ses mains comme s'il ouvrait un tissu. "Nous avons ce qu'ils veulent. Rendons-leur leurs captifs. Mais pas gratuitement. Qu'ils nous donnent ce que nous voulons en retour."
"Et qu'est-ce que nous voulons?" demande Mâchoire-Serrée, sceptique.
Le Passe-bien sourit. "Les Nantons. Les bêtes de troupeau qu'ils élèvent sur leur péninsule. Nos captifs nous ont parlé de ces animaux. Petits, robustes, viande abondante, peau épaisse. **Échangeons nos captifs contre des Nantons — des bêtes fécondes, mâles et femelles, pour démarrer notre propre élevage.** Qu'ils nous donnent le début d'un troupeau, et nous leur rendons leurs compatriotes en bonne santé."
Une Enfant du Courant lève la main. "Il y a autre chose. Leurs navires. Regardez ce qu'ils ont accompli — traverser la mer, établir des routes commerciales avec trois peuples. Nous n'avons rien de tel. Nos rivières sont notre seul chemin. Mais si nous observions leurs coques, leurs voiles, la manière dont ils assemblent le bois..."
Un Enfant des Échos complète: "Nous pourrions documenter. La Maison des Découvertes pourrait étudier. Pas pour copier — pour comprendre. Et comprendre, c'est la première pierre de bâtir."
Le Passe-bien hoche la tête. "Alors **que nos artisans — Enfants des Échos et Enfants du Courant ensemble — observent leurs navires de près. Qu'ils documentent la construction, les matériaux, les techniques. Que tout soit consigné pour la Maison des Découvertes.**"
L'Enfant du Courant ajoute, plus doucement: "Et la mer elle-même. Si cette flottille approche, cela signifie que d'autres peuvent suivre. **Que nos Enfants du Courant se mobilisent pour la défense des côtes. Que nous apprenions à surveiller la mer comme nous surveillons la montagne.**"
Mâchoire-Serrée frappe du poing sur sa cuisse. "Défense. Observation. Échange. Des mots doux pour dire qu'on baisse la tête."
Le Passe-bien se tourne vers lui, et sa voix reste douce mais sa main se ferme. "Non, Faucon. Des mots pour dire qu'on garde la tête froide. Ta force est réelle. Mais la force sans direction, c'est un feu qui consume sa propre maison. Ce que je propose, c'est de montrer notre force sans la gaspiller. **Que tes Faucons occupent le village fortifié. Qu'ils soient visibles sur les remparts, lances au clair. Pas d'attaque — mais pas de faiblesse non plus. Nous montrons que nous pouvons nous défendre. Mais nous ne frappons pas en premier.**"
Le Faucon gronde, mais je vois dans ses yeux qu'il entend. Ce n'est pas de la soumission qu'on lui demande — c'est de la discipline. Et un chasseur comprend la différence.
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## L'Arbitre Tranche
Je me lève. Tous les regards convergent. Dans cette salle, je ne suis pas seulement un guide — je suis le point où toutes les vérités se rencontrent. Le Faucon porte la force. L'Aile Grise porte le savoir. Le Passe-bien porte le lien. Mais moi, je porte le choix.
Je m'approche de Mâchoire-Serrée. Je pose ma main sur son épaule — la même que j'ai posée sur le coureur à l'aube. Ses muscles sont durs comme la pierre, prêts à bondir.
"Mâchoire-Serrée. Écoute-moi." Ma voix est basse, mais elle porte dans toute la salle. "Ta force est réelle. Ton courage ne fait aucun doute. Cet hiver, tu as prouvé que le sanglier lui-même te craint. Mais comprends ceci—" je resserre ma prise "—**ta force, c'est elle qui rend la paix possible. Sans toi et tes Faucons, nous serions à la merci de tous les vents. Mais justement parce que vous êtes forts, nous pouvons choisir de ne pas frapper. Ta présence sur les remparts, visible, armée, disciplinée — c'est ça qui leur apprendra le respect. Pas le sang versé. Le sang, on le garde pour ceux qui refusent d'apprendre.**"
Je sens ses épaules se détendre, juste un peu. Le feu ne s'éteint pas — il se canalise.
Je me tourne vers le Cercle entier.
"Voici ce que nous ferons. **Nous ne frappons pas en premier. Nous laissons la flottille montrer ses intentions.** S'ils viennent la main ouverte, nous la serrons. S'ils viennent le poing fermé, nous le brisons. Mais nous ne décidons pas à leur place ce qu'ils sont. Nous les laissons le révéler."
Le Passe-bien hoche la tête. L'Aile Grise griffonne déjà des notes. Mâchoire-Serrée serre la mâchoire, mais ne proteste pas.
"**Les Faucons Chasseurs garniront le village fortifié. Ils se tiendront sur les remparts, visibles, lances levées. Qu'on allume les feux sur les tours dès que les voiles touchent l'horizon. Que la fumée monte haute — qu'ils voient que cette terre a des maîtres avant de voir nos visages.**" Je regarde Mâchoire-Serrée. "Mais aucune provocation. Aucune flèche tirée sans mon ordre ou celui d'Œil-de-Braise. Vous êtes la force qui protège — pas la fureur qui détruit sans raison."
Je me tourne vers l'Aile Grise. "**Toi et les tiens, vous serez la délégation diplomatique. Vous parlez leur langue. Vous serez ma voix quand ils débarqueront — si ils débarquent. Préparez les mots. Dites-leur que nous sommes prêts à écouter. Mais que cette terre n'est pas sans gardiens.**"
Vers le Passe-bien: "**Prépare un festin. Les Larmes du Ciel—**" le plat traditionnel, poisson et herbes amères enveloppés dans des feuilles "**—et tout ce qui montre que nous savons honorer des invités. Prépare aussi un artefact en argile vivante. Petit, mais beau. Un cadeau qui montre notre savoir-faire unique.** S'ils acceptent notre hospitalité, qu'ils repartent en sachant ce que nous pouvons créer."
Vers les Enfants du Courant: "**Mobilisez vos gens pour la défense côtière. Pas seulement le village fortifié — toute la côte. Apprenez à surveiller la mer. Les vagues parlent à ceux qui savent écouter. Apprenez leur langue.** Et observez leurs navires. Chaque planche, chaque cordage, chaque voile. Que tout soit dessiné, mesuré, compris. Ce savoir ira à la Maison des Découvertes."
Vers les Enfants des Échos: "**Préparez les captifs. Qu'ils soient en bonne santé, nourris, propres. Qu'on voie que nous ne sommes pas des barbares.** Ils seront notre monnaie d'échange. Mais une monnaie qu'on ne gaspille pas."
Je balaie le Cercle du regard.
"**Voici le marché que nous proposerons: nous rendons leurs gens. Ils nous donnent des Nantons — des bêtes fécondes, mâles et femelles en nombre suffisant pour démarrer un élevage. Pas une ou deux bêtes pour faire semblant. Un vrai troupeau fondateur. S'ils refusent, nous gardons les captifs et nous reconsidérons nos options.** Mais je pense qu'ils accepteront. Parce qu'ils ne cherchent pas la guerre. Ils cherchent à ramener les leurs."
Le silence se pose comme une couverture. Puis le Passe-bien murmure: "Et s'ils attaquent malgré tout?"
Je souris. Pas un sourire doux. Un sourire de pierre.
"Alors Mâchoire-Serrée aura sa bataille. Et nous leur apprendrons pourquoi cette terre s'appelle la Confluence — parce que toutes nos forces y convergent."
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## La Distribution des Ordres
Le Cercle se dissout, mais pas dans le chaos. Chacun sait maintenant ce qu'il doit faire. Je les regarde partir un par un, et pour chacun j'ai un dernier mot.
Mâchoire-Serrée d'abord. Je le retiens par le bras. "**Va au village fortifié. Rejoins Œil-de-Braise. Qu'il te montre comment on tient un mur sans le gaspiller. Les remparts doivent être pleins de Faucons — visibles, disciplinés, prêts. Pas d'attaque sans signal. Mais si l'attaque vient, riposte totale. Brise-les.**" Je le regarde dans les yeux. "C'est toi qui commanderas la garnison sous Œil-de-Braise. Montre-moi que tu sais tenir la force sans qu'elle te tienne."
Il hoche la tête. Le feu dans ses yeux a trouvé une direction.
L'Aile Grise ensuite. "**Rassemble tes meilleurs linguistes. Préparez les phrases d'accueil, les formules diplomatiques. Apprenez à dire 'bienvenue' et 'partez' dans la même respiration. Vous serez mes oreilles et ma bouche. Ne promettez rien sans me consulter. Mais écoutez tout.**"
Le Passe-bien. "**Le festin doit être prêt dans trois jours. Les Larmes du Ciel, les herbes fraîches, le meilleur de ce que nous avons. Et l'artefact — que ce soit une coupe, ou une tablette décorée, ou une petite sculpture. Quelque chose qui respire, qui vit dans leurs mains. Montre-leur que nous ne sommes pas seulement des guerriers dans des grottes.**"
L'Enfant du Courant. "**Rassemble dix de tes meilleurs. Ceux qui savent regarder un objet et comprendre comment il est fait. Qu'ils se tiennent prêts à observer les navires. Pas de questions sur les armes — seulement sur la construction. La coque, les voiles, les cordages. Dessinez tout. Et pour la défense côtière — parle avec Œil-de-Braise. Qu'il te montre les points de surveillance. Qu'on ne soit plus jamais surpris par une voile à l'horizon.**"
L'Enfant des Échos. "**Remonte à Gouffre Humide. Vérifie l'état des captifs. Qu'on les nourrisse mieux. Qu'on leur donne de la lumière, ne serait-ce qu'une heure par jour. Qu'ils puissent marcher. Je veux qu'ils soient présentables. Pas brisés. Pas affaiblis. Qu'on puisse les rendre en disant: 'Nous savons garder ce qui nous est confié.'**"
Ils partent. Un par un. La salle se vide. Et je reste seul avec la lampe qui ne s'éteint jamais.
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## La Vision
La nuit tombe. Je marche jusqu'à la terrasse haute de la Confluence, celle d'où on voit la vallée s'étirer vers la mer invisible. Le vent porte encore une odeur de sel. Quelque part, loin, six navires avancent. Leurs cornex ont cessé de pleurer — ou peut-être que le vent a tourné.
Je pense aux Nantons. Ces petites bêtes dont les Nanzagouets tirent viande et peau. **Des troupeaux. De l'élevage. Une source de nourriture qui se reproduit sans qu'on la chasse.** Dans dix générations, nos enfants ne se souviendront peut-être même pas qu'il fut un temps où nous ne connaissions pas ces bêtes. Ils grandiront en les voyant paître près de nos villages. Ils tisseront leurs peaux en vêtements. Ils laboureront nos champs futurs avec leur aide.
Et puis il y a le savoir. **Leurs navires. La manière dont ils lient le bois pour qu'il tienne la mer. Nous n'avons pas besoin de leurs routes commerciales — pas encore. Mais nous avons besoin de savoir comment naviguer. Parce qu'un jour, nous aussi, nous voudrons traverser.**
Les Nanzagouets ont des voiles. Les Tlazhuaneca ont des villages flottants. Les Pouleheimos ont leurs comptoirs.
Nous, nous avons l'argile vivante. Nous avons la Confluence. Nous avons le temps.
Ils croient venir réclamer. Ils repartiront en ayant donné. Pas parce qu'on les aura forcés — parce qu'on leur aura montré qu'il y a un prix à payer pour récupérer ce qu'on aime.
**Ils ont des navires. Nous aurons des troupeaux. Des champs. Et un jour, quand nos Enfants du Courant auront appris ce que leurs coques peuvent nous enseigner, nous aurons nos propres navires.**
Alors, nous irons les voir. Pas en suppliants. Pas en ennemis.
En égaux.
Je souris dans l'obscurité. Le vent tourne, comme toujours. Mais cette fois, je sais où il va.
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## RÉSUMÉ DES DÉCISIONS
**Posture militaire:**
- Faucons Chasseurs au village fortifié, visibles sur les remparts
- Feux allumés sur les tours (signal de présence)
- Discipline stricte: aucune attaque sans ordre
- Riposte totale si agression
**Posture diplomatique:**
- Ailes Grises en délégation, maîtrise de la langue nanzagouet
- Accueil préparé: festin (Les Larmes du Ciel), artefact en argile vivante
- Message clair: dialogue possible, soumission impossible
**Échange proposé:**
- Captifs nanzagouets rendus en bonne santé
- Contre: Nantons (bêtes de troupeau, mâles et femelles fécondes, troupeau fondateur)
**Acquisitions de savoir:**
- Observation et documentation des navires (construction, matériaux, techniques)
- Transfert de connaissances à la Maison des Découvertes
**Défense côtière:**
- Mobilisation Enfants du Courant pour surveillance maritime
- Établissement de points de guet permanents
**Amélioration traitement captifs:**
- Meilleure nourriture, accès à la lumière, possibilité de mouvement
- Objectif: captifs présentables et en bonne santé pour l'échange
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*Rédigé par Rubanc, Arbitre des Esprits*
*Au nom de la Civilisation de la Confluence*
*Que les fondations tiennent*